Compagnie Acta

Et si le soldat inconnu pouvait parler, que dirait-il ?

S’il pouvait soulever d’un grand coup d’épaule le marbre qui le recouvre, se mettre debout et regarder droit dans les yeux les grands généraux d’au- jourd’hui, répliques exactes de ceux qui l’envoyèrent jadis à la mort, au casse- pipe… Il aurait le droit de parler, non ?

A moins qu’on ne l’ait choisi pour cela, parce qu’il ne pouvait plus rien dire ?

L’histoire

Joe Bonham, à peine vingt ans, se réveille sur un lit d’hôpital. Nous sommes en 1918. Il est américain, on l’a envoyé à la guerre en France, son corps a été déchiqueté par un obus.

Mutilé, précipité dans l’obscurité et le silence, il lui reste sa pensée. Plongé dans un isolement sensoriel quasi total, sans jamais renoncer, il recons- truit peu à peu l’univers qui l’entoure en se basant

sur les vibrations qu’il en perçoit. Il retrouve la notion du temps écoulé et se fabrique son calendrier pour, comme Robinson Crusoé sur son île, comme Monte-Cristo au fond de son cachot, rester présent au monde.

Il cherche ensuite à distin- guer les gens qui l’entourent et à communiquer avec ceux-ci. Paradoxalement c’est à lui, avec ses très pauvres moyens, de faire tous les efforts, car eux l’ont déjà rejeté.

Quand nous sommes séparés des autres êtres humains par de grandes différences d’ap- parence, combien le temps est long avant que l’on vous reconnaisse comme un être

humain.

(Charles Darwin)

L’auteur

Né en 1905, homme de conviction et de contes- tation, Dalton Trumbo, scénariste fameux (entre autres Spartacus de Stanley Kubrick), fut l’un des Dix d’Hollywood qui refusèrent de témoigner dans les années 1950 devant la Commission des acti- vités anti-américaines du sénateur McCarthy. Cela lui coûta un an de prison.

Il écrivit Johnny got his gun en 1938 et le porta lui- même à l’écran en 1971. Le roman tout en traitant un sujet grave, est plein d’un énorme élan vital. Douleur et violence y sont à égalité avec la joie et l’émerveil- lement. Il est bâti sur le va

et vient constant de Johnny entre ses souvenirs d’avant l’obus et son présent vécu. Il analyse sa situation avec un humour exceptionnel, sans tomber jamais dans le piège de l’auto-apitoiement. Avec le roman, nous sommes dans la tête de Joe Bonham.

Le film lui adopte un point de vue extérieur et se prive de cette dimension là. Il a marqué tous les esprits par sa noirceur.

Le roman se termine sur la revendication de Johnny qui veut quitter sa chambre d’hôpital et parcourir le monde pour propager la ré- volte contre les puissants qui envoient le peuple au casse- pipe. Le film se referme sur

la victoire du silence et le désir de mourir de Johnny. Trente années plus tard, Dalton Trumbo a-t-il chan- gé ? Peut-être aussi que le cinéma, l’industrie cinéma- tographique, ne permet pas la même liberté que l’écri- ture ?

Mais quel dommage que le grand public ne connaisse finalement que le film ! Nous avons pensé que le théâtre, notre théâtre, aurait cette mission là. Faire connaître ce Johnny got his gun, qui enseigne la joie et la révolte permanente, car cette révolte sera toujours nécessaire.

La mise en scène

La mise en scène place le spectateur au cœur de la pen- sée de Johnny : ce qui est donné à voir et à entendre l’est toujours de son point de vue. La scénographie est sobre : un lit d’hôpital et une chaise sur un rectangle blanc ; sur le lit, une marionnette de dimension humaine : Johnny.

La marionnette respire, s’ex- prime, bouge, souffre, exprime ses émotions par l’intermé- diaire de la comédienne. En choisissant délibérément un objet théâtral sans ambiguïté,

la marionnette, nous centrons l’attention du spectateur sur l’enjeu de la représentation. La marionnette évoque la douleur d’une façon distanciée qui est plus forte que la pré- sence d’un comédien vivant. Elle permet la présence visible du corps mutilé.

C’est ce corps-là justement que les autorités médico-militaires cherchent à dissimuler, c’est ce corpslàqueJohnnydemandeà faire sortir de la chambre d’hô- pital, pour montrer au monde les effets de la guerre.

Emmenez-moi dans les écoles, les usines, sur les routes à travers la campagne, dans les couvents, les universités, les cirques, partout où il y a des gens. Que les petits enfants viennent me voir, les hommes, les mères, les jeunes filles, les rois, les curés, qu’ils voient la différence entre la guerre décrite dans les journaux, et la guerre résumée dans le tronc d’un homme.

Thématique

Johnny précurseur des indignés d’aujourd’hui ?

La pièce nous interpelle sur plusieurs thèmes, la joie d’être vivant, le besoin d’être re- connu comme être humain, la révolte face à l’inacceptable.

Dans la pire des situations, Johnny garde la joie d’être au monde. Parce qu’il a cette ca- pacité là, de savoir s’émerveil- ler pour tous ces petits riens qui rendent la vie merveilleuse pour qui sait les voir.

Pour ce qui est du besoin d’être reconnu, ceux qui ont vécu cette expérience le savent bien, le regard des autres change quand on n’est plus debout. Si en plus on ne peut plus parler et qu’on est devenu

horrible à voir, cela fait beau- coup pour se faire accepter encore comme être doué de raison !

La révolte. Johnny a beaucoup appris à la guerre. Cette clair- voyance qu’il a acquise dans l’horreur, il veut maintenant la partager avec le monde entier. N’y allez pas, n’y allez plus, peuples de tous les pays unis- sez vous !

Ce roman écrit en 1938 n’a pas pris une ride. Tout y reste en- core incroyablement d’actua- lité. Il semblerait même que la petite graine qu’il portait com- mence enfin à pousser dans le monde d’aujourd’hui.

Lors des représentations scolaires de ce spectacle, l’at- tention des élèves et les débats qui ont suivi ont montré le fort impact de ces thèmes sur les lycéens d’aujourd’hui.

Sous mon crâne, il y a un homme normal hurle Johnny sans voix.

Nous lui prêtons la nôtre.

La première version de ce spectacle était jouée sans marionnette avec dans le lit un comédien vivant. Pour avoir un apercu du spectacle dans sa version 2008 : http://www.youtube.com/watch?v=Z-MeTyaJXrc

L’équipe

Christine Roget

Christine Roget est entrée dans le monde du théâtre avec la compagnie ACTA. C’est là qu’elle apprend le métier, avec Michel Brès, Pato, Jean-Luc Malet, y ajoutant de grandes rencontres de formation avec Mas Soegens, Nada Théâtre, Générick Vapeur, Grégoire Cailles, Neville Tranter. Elle joue dans la plupart des productions de la compagnie depuis 1991.

En 2007 elle commence une réalisation qui lui tient à cœur : faire vivre sur la scène le roman de Dalton Trumbo, Johnny got his gun. Elle écrit d’abord l’adaptation et ce n’est qu’après les premières lectures qu’on l’incite à soutenir elle-même son texte sur la scène. Une première version voit le jour en 2008. L’idée de la marionnette vient ensuite. Christine Roget travaille alors la manipulation avec Isabelle Martinez, c’est ainsi que naît la deuxième version.

Isabelle Martinez

Elle débute en 1993 avec la Compagnie Grenobloise Acte III. Elle se forme auprès d’artistes européens, russes, africains : Mamadou Dioume (CICT Peter Brook), Hervé Hagaï, Nika Kossenkova, Andreï Rogozhin, l’écrivain Kossi Efoui. Elle se passionne pour la marionnette qu’elle découvre en 2002 avec le Théâtre des Alberts.

Elle oriente son travail vers la relation acteur/ marionnette. Elle participe à la création du festival Tam-Tam et sillonne les festivals en Métropole, Afrique et Madagascar.

Michel Brès

Le directeur du Théâtre sous les Arbres gère, écrit, joue et met en scène. Auteur de recueils de nouvelles et d’un roman (Tropical Yéti Editions Azalées) il a aussi écrit pour le théâtre, notamment des adaptations (Gilgamesh, Oedipe). Ce qu’il aime particulièrement, c’est la mise en scène : préparer le moment éphémère de la représentation, de l’échange.

Fiche signalétique

Titre : « Johnny got his gun »

Auteur : Dalton Trumbo

Traduction française : Andrée R.Picard

Adaptation du texte, costume, marionnette et jeu : Christine Roget

Mise en scène : Michel Brès

Assistance à la mise en scène (marionnette): Isabelle Martinez

Marionnette, assistance à la conception et à la réalisation : Vincent Legrand et Stéphane Deslandes (Théâtres des Alberts)

Création lumière : Sylvaine Comsa

Création sonore : Olivier Giron

Affiche : oeuvre de Leonid Tishkov

Fiche technique

Durée du spectacle : 1h15

Personnel compagnie : 1 comédienne, 1 metteur en scène

Personnel souhaité : 1 technicien lumière, 1 technicien son

Plateau (installation 20 min) Pendrillonnage à l’allemande de préférence

Dimensions scéniques souhaitées : L 7m, P 6m, H 6m

Décor : tapis lino blanc + 1 lit d’hôpital + 1 chaise (le lino est en trois lés qui se chevauchent, facile à installer) Le lino blanc forme un rectangle de 5,50 m par 4,50 m disposé de biais par rapport à la salle. Nous pouvons légèrement adapter sa dimension.

Lumière : 1 jeu d’orgue 24 circuits, 10 PC 1kw, 4 PARS CP 62, 4 découpes 614 SX Tous les projecteurs sont équipés en lee 201

Son : Platine CD (diffusion salle et scène)

Ce spectacle est subventionné par la ville du Port, le Conseil Régional de la Réunion, le Conseil Général de la Réunion et le Ministère de la Culture.

Tarif et dossier de diffusion : nous contacter